La colombe bleutée : Claravis pretiosa

 

 Texte : Marc Bumb.                                                                                                                     Photos

 

 

 

Claravis pretiosa: Colombe bleutée, jeune mâle, traces de plumage juvénile.

Photo & élevage Marc Bumb.

        

                   Autres appellations :

                   Français : Colombe bleue, Colombe cendrée

                   Anglais : Blue Ground Dove, Ashy Dove, Cinereous Dove, Blue Dove

                   Allemand : Graublautäubschen, Blautäubschen, Schmucktäubschen

                   Néerlandais : Blauw Grondduifje

                   Espagnol : Tortola azur

 

Introduction:

J’ai découvert cette colombe en décembre 1995, dans une animalerie de ma région sous le nom de « Colombe bleue du Pérou ». J’ai acquis avec empressement ce superbe couple, au dimorphisme sexuel si évident, caractère peu courant chez les Colombidés.

De retour à la maison, après quelques recherches, je pouvais mettre un nom scientifique sur mes oiseaux : Colombe bleutée (Claravis pretiosa, « oiseau éclat précieux » en quelque sorte…), ainsi qu’une origine : l’Amérique du Sud. Une rapide vérification dans le livre des oiseaux de Guyane (O. Tostain) et me voilà consterné : je suis détenteur d’une espèce frappée en France par une loi de protection maximale : l’Arrêté de Guyane du 20/01/1987 !!! 

Que faire ?

Passionné, entre autres, par les colombidés américains, il me fallait donc déposer une demande de certificat de capacité*, afin de régulariser la situation. C’est ainsi que la Colombe bleutée m’entraîna dans cette démarche, qui a abouti favorablement…

Revenons à notre belle précieuse

            Taille : 19 à 23 cm, environ celle d’une colombe zébrée

            Poids : 50 à 80g, soit presque le double !!

 

Claravis pretiosa Colombe bleutée couple (femelle en mue).

Photo & élevage Marc Bumb.

 

 

Claravis pretiosa Colombe bleutée couple mâle à gauche femelle à droite.

Photo & élevage Marc Bumb.

 

A l’état sauvage :

Voilà donc une colombe trapue, massive, au dimorphisme sexuel marqué : mâle gris bleuté, éclats alaires bleu nuit, femelle brune, éclats alaires roux brillant. C’est un oiseau taillé pour les vols courts, queue carrée, adapté aux forêts tropicales où il vit depuis Mexico jusqu’au Nord de l’Argentine, en passant par le Brésil, le Pérou et, hélas pour les éleveurs français, avec une faible (mais reconnue) présence sur le territoire de Guyane française… Bien répandue sur cette large zone, la Colombe bleutée est courante selon les régions (Pérou, Colombie), moins fréquente dans la forêt dense amazonienne, ainsi que dans les zones très sèches d’Amérique centrale. Elle occupe tout l’étage entre 0 et 2100m, préférant les sous-bois clairs, les zones agricoles, et les milieux ouverts. En zone sèche et aride, on note des déplacements de population pour suivre l’évolution de la végétation, et donc, la nourriture disponible. Malgré l’étendue de son territoire, on ne connaît aucune sous-espèce.

C’est un oiseau au comportement timide et prudent, préférant fuir au sol, plutôt que de s’envoler. Il se nourrit exclusivement par terre, en fouillant les litières de feuilles, en lisières de clairières, à la recherche de graines, de petits fruits… et sûrement d’autres aliments (il y a peu d’études sur le sujet). On l’aperçoit seul, ou par paires, exceptionnellement par troupes (en cas de  flux saisonnier), ou en compagnies d’espèces de Leptotila (Colombe à front gris, de Verreaux…)

 

Classification

On classe cette colombe dans la série des colombes terrestres américaines, les Claravis se différenciant de la branche Columbina par un dimorphisme sexuel prononcé (mâle bleutée, femelle rousse) et une réduction des rémiges primaires (Goodwin et Gibbs)

 

On distingue trois Claravis :

                                    Claravis pretiosa, Colombe bleutée, la plus courante, objet de l’article

                                    Claravis godefrida, Colombe de Geoffroy en Annexe A

                                    Claravis mondetoura, Colombe mondetour, à poitrine pourprée

Ces deux dernières espèces sont beaucoup moins courantes, et dépendent (surtout pour C. godefrida) de la présence de graines de bambous… elles occupent des territoires nettement différents : C. godefrida au Sud du Brésil, C. mondetoura sur les contreforts montagneux bordant la côte Ouest alors que C. pretiosa  recouvre tous ces territoires, mais sur des niches écologiques différentes.

 

 

 

 

                             Claravis pretiosa Colombe bleutée mâle.

                                  Photo & élevage Marc Bumb.

 

Expérience d’élevage

Après une période d’observation et d’adaptation, le couple est libéré dans ma Serre Volière.

Cet espace planté, abrite d’autres espèces (petits exotiques, petites colombes, insectivores..) se partage en deux zones : un abri couvert vitré (type Serre) et une volière extérieure. En hiver, je réduis la communication entre les zones grâce à deux passages obturateurs. Pas d’éclairage complémentaire, pas de chauffage, je suis en région marseillaise.

La première année, le couple se maintient uniquement dans la partie couverte et fortement plantée. Vers mi-février, le mâle commence à poursuivre la femelle, qui visiblement n’est pas prête à accepter ses avances. A part l’agitation, les poursuites, tout se déroule discrètement et silencieusement : étrange pour des colombidés… ce n’est qu’en juillet que je perçois un son inconnu dans la serre : un appel bref, sourd et sonore, illocalisable, et répété avec prudence : coo…… coo…… coo. C’était l’appel du mâle !!

(pour l’écouter un site : http://www.naturesongs.com/CRsounds.php#LCOLU)

Une reproduction s’en suit, avec au final deux jeunes sevrés, un sur deux par nichée. Je perds la femelle en automne.

Décidé à poursuivre avec cette espèce, mais déçu par les jeunes obtenus (voir plus loin), je trouve une jeune femelle, de propre élevage, qui accepte son compagnon et se met à nicher à son tour régulièrement.

La parade :

C’est une parade singulière, sans salutations, mais sur une branche, le mâle entame devant sa partenaire une danse sur place, mêlant piétinement ostentatoire, rotation sur lui-même, hochement de queue déployée. La femelle baisse les ailes, lisse quelques plumes, et accepte parfois l’accouplement. Une ébauche de nourrissage, pas toujours complet, précède aussi l’accouplement.

Le nid, composé de racines, de brindilles fines, d’herbe sèches, est établi dans la végétation de préférence, chez moi pas en dessous de 2,20m. Le couple profite aussi de support mis à sa disposition : corbeille, pot de terre, caisse bien ouverte…

Les deux partenaires couvent en alternance, selon l’usage chez les Colombidés. Après 14 jours de couvaison  (2 œufs blancs pondus à 24 heures d’intervalle), les jeunes naissent. Moins farouche, le mâle accepte la visite du nid. Bagué en 4 mm au 8ème jour,  je conseille d’utiliser du 4,5mm. Les jeunes quittent le nid à 14 jours, parfois avant et se tiennent cachés dans la végétation basse ou au sol. Le mâle se perche alors non loin et appelle souvent pour garder le contact. Quelques problèmes rencontrés : chez certains sujets issus des 2 femelles successives, une déformation d’une patte (glissement latéral des doigts) et parfois du bec (courbure exagérée). On me conseilla de réduire l’aliment poussin trop riche, de mettre un œuf clair dans le nid pour éviter que la femelle n’appuie trop sur les jeunes !

Les oiseaux n’étant pas consanguins, la dégénérescence génétique ne pouvait en être à l’origine. Je n’ai toujours pas compris l’origine de ces déformations (carences ?) qui ne se sont pas renouvelées régulièrement depuis.

Les jeunes ressemblent à la femelle (couleur brune). Ce n’est qu’au bout de 2 mois environ que les jeunes mâles laissent paraître leur teinte grise caractéristique. On note toutefois une teinte plus foncée pour les mâles en plumage juvénile.

La mue s’achève avec le renouvellement des plumes de couverture. Pourtant cette première année, les marques alaires n’ont pas leur position définitive, ce n’est qu’au cours de la 2ème année que cette disposition révélera ce superbe alignement caractérisant cette espèce.

 

 

Nourriture :

Je fournis une alimentation variée pour répondre aux exigences des diverses espèces présentes. Aussi les oiseaux disposent en permanence :

d’un mélange « exotique », d’un mélange « grande perruche », de pâtée jaune aux œufs, d’une pâtée universelle aux insectes, de granulés poussin 1er age, en période d’élevage et depuis peu de granulés extrudés.

Les colombes se nourrissent au sol mais vivent perchées (d’ailleurs plus que les Colombina)

 

Cohabitation

Pas de difficulté au départ : les jeunes passent les premiers jours contre les parents. Puis, une fois le vol maîtrisé, continuent à se faire nourrir, mais ne dorment plus en famille.

Enfin, une fois les couleurs acquises, chez moi,  le mâle règne sur la serre, les jeunes restant à l’extérieur. Il vaut mieux ne garder qu’un seul couple par volière mais cette espèce peut partager son espace avec d’autres oiseaux, y compris, chez moi, avec de petits Colombidés.

 

Situation en élevage

La colombe bleutée, déjà peu importée, nécessite en France l’obtention d’une Autorisation Administrative de Détention pour être détenue, déplacée et à fortiori pour concourir (à condition de ne pas dépasser le quota*, sinon il faut une Autorisation d’Ouverture d’Etablissement d’Elevage d’espèces non domestiques, réservée aux titulaires du Certificat de Capacité). Ces conditions limitatives ne favorisent naturellement pas son extension dans nos élevages bien que l’espèce ne soit pas menacée dans la nature.

Heureusement, on relève toutefois une présence assez bien établie chez les amateurs européens.

 

Hybridation : pas d’hybridation connue.

 

Conclusion :

Voilà un oiseau élégant, au plumage serré, aux marques franches, qui mérite toute notre attention. Je sais bien que sa situation officielle en France limite certainement l’entrain à la détenir, mais une fois cet obstacle franchi, on appréciera cette espèce discrète et facilement sexable.

 

Elle n’exige pas de structure particulière pour sa détention, sociable, elle a la réputation d’être capricieuse en reproduction, si bien que j’ai découvert que certains éleveurs utilisaient la colombe diamant, ou zébrée, comme parent adoptif, afin de sauver des couvées abandonnées. Pour ma part, je n’ai pas eu recours à cette méthode, et mes oiseaux sont même devenus  calmes et familiers, tout du moins avec leur soigneur…

Cette espèce vous séduit, vous disposez d’une volière plantée de 4x2x1, avec un abri fermé… votre couple se plaira en compagnie d’insectivores par exemple…cherchez et vous  trouverez  cette colombe précieuse chez un éleveur confirmé ….et passionné !

 

 

 

 

(* depuis le 10 août 2004, en tant que Guyanaise, elle bénéficie du quota 6, sans certificat de capacité, mais avec une obligation de marquage et une déclaration et autorisation préfectorale).

 

 

Bibliographie :

:

Gibbs  Pigeons and Doves  Pica press 2001

Prin Encyclopédie des Colombidés  Prin 2000

Rudgers  Encyclopédie de l’amateur d’oiseaux LSM 1978

Urban            Elevage des oiseaux d’ornements J & D éditions 1990

Goodwinn Pigeons and Doves of the World British Museum 1967

Silkens  Columbina Wild Pigeons and Doves  Uitgeverij Columbina 2003

O. Tostain Les oiseaux de Guyane SEO 1992

A.B.G.  Les oiseaux N° 82 janvier 2000 PRIN

Delnas   le Monde des Oiseaux avril 2002   AOB

Olivier   la revue des oiseaux exotiques N°141 janvier 1990 CDE

 

 

 

 

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